L'Italie ne participera pas à la Coupe du Monde : ce n'est plus une possibilité, mais la photographie d'un pays qui, depuis 2014, voit son équipe nationale privée de qualification pour la plus grande compétition internationale. Être hors du tableau change beaucoup de choses : pas seulement les comptes et les bilans, mais aussi la manière dont le football est vécu par les enfants, les jeunes et les familles.
Le vide générationnel de ceux qui n'ont jamais vu « l'Italie à la Coupe du Monde »
Les jeunes qui ont aujourd'hui 16 ans n'ont jamais vu l'Italie jouer une Coupe du Monde. Pour eux, le football national est une suite de demi-promesses, une Azzurra absente, une image de déception plus que de fierté.
Pour beaucoup de ces jeunes, le ballon a été abandonné il y a bien longtemps : les rues se sont remplies de smartphones, de jeux vidéo et de réseaux sociaux, tandis que le terrain vague derrière la maison est devenu un lieu toujours plus vide. La Coupe du Monde est l'événement qui, plus que tout autre, parvient à ramener les enfants devant la télévision et aussi vers le terrain, mais sans la Nazionale en lice, ce « pont » se brise.
L'absence lors de trois éditions consécutives entraîne un affaiblissement du lien émotionnel entre le pays et le football national : le mythe de « faire le gardien à la Zoff », « le fantasista à la Baggio », « l'attaquant à la Del Piero » perd de sa force, et avec lui la motivation à s'inscrire dans un club, à supporter les entraînements, les sacrifices, l'attente sur le banc.
Impact social sur le territoire
Le football est l'un des derniers contenants de vie sociale pour beaucoup de petites communes et de banlieues : le club du village est souvent le seul lieu où les jeunes et les familles se rencontrent, partagent, se disputent et se retrouvent.
Avec la Nazionale hors de la Coupe du Monde depuis trois cycles, le récit national du football s'amincit : moins d'espace dans les médias, moins de passion dans les discussions de bar et de pizzeria, moins de « tension » vers le rêve international. Cela réduit la charge narrative qui pousse les enfants à choisir le football au lieu d'autres activités, et augmente le risque que le football devienne un phénomène de top‑clubs et de collectionneurs, plutôt qu'une éducation de masse.
Si le système fédéral ne change pas vraiment, le risque est que le football italien devienne un mouvement plus faible dans ses racines : moins de licenciés, moins de clubs sains, moins d'installations vivantes, plus d'espaces abandonnés à la dégradation et à l'inutilisation.
Impact économique indirect sur le PIB
Le football en Italie génère aujourd'hui environ 6–7 milliards d'euros de recettes directes (Serie A, professionnalisme, FIGC, paris, médias, merchandising) et un impact global sur le PIB estimé autour de 12–13 milliards d'euros, soit environ 0,5–0,6% du PIB national.
Cette valeur n'est pas seulement faite de salaires de joueurs et de droits TV : le gros du poids indirect provient de :
Tourisme footballistique : des villes qui s'animent à l'occasion de matchs internationaux, amicaux, Euro et surtout Coupe du Monde, avec des hôtels, restaurants, bars et transports enregistrant des pics d'activité.
Restauration et consommation domestique : les soirées azzurre génèrent des milliers de couverts en plus dans les bars, pizzerias, restaurants et pubs, ainsi qu'une forte augmentation des dépenses pour la nourriture, les bières, les snacks et les boissons à la maison.
Médias et publicité : la visibilité de la Nazionale fait grimper l'audience et la valeur publicitaire ; son absence réduit la charge de spectateurs et, par conséquent, la valeur des espaces spots liés au football national.
Activités locales et installations : quand la Nazionale est protagoniste, l'intérêt pour les activités amateurs, la fréquentation des installations, les inscriptions aux cours et aux tournois de jeunes augmentent.
Sans Coupe du Monde, ces leviers s'affaiblissent : moins d'élan médiatique, moins d'enthousiasme local, moins d'emploi saisonnier lié aux grandes manifestations, moins de retombées pour les petites entreprises et les activités artisanales.
Un système qui ne peut plus cacher ses problèmes
Si l'Italie ne participe pas à la Coupe du Monde, et ce pour la troisième fois consécutive, le message qui arrive à la société est clair : le football italien est en difficulté structurelle, pas seulement technique.
Sans changements importants en Fédération — plus de transparence, plus de méritocratie, plus d'investissements sur le secteur jeune, plus d'attention au territoire et moins de politisation — le risque est que le football italien devienne un système fragile : riche en surface, mais avec peu de racines réelles.
Nous rêvons de Baggio à la place de Gravina. Pas au sens littéral, évidemment, mais comme symbole : un football qui redevient passion, éthique, sens de l'appartenance et qualité, pas seulement storytelling de palais.
Une Italie qui donne de l'espace à ceux qui veulent vraiment changer le système, pas à ceux qui le défendent parce qu'ils en tirent profit ou avantage. Parce que si le football perd le cœur des banlieues, des terrains de quartier, des enfants qui n'ont jamais vu l'Italie en Coupe du Monde, la facture à payer sera bien plus lourde que des centaines de millions d'euros manqués.

